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A l’Hôpital Privé Saint-Claude, on opère sous réalité virtuelle

A l’Hôpital Privé Saint-Claude, on opère sous réalité virtuelle

L’hôpital privé Saint-Claude de Saint-Quentin propose depuis cet été d’opérer ses patients sous anesthésie locale avec casque et oreillettes. Pour ne rien voir ni entendre d’un moment désagréable.

 

Un lagon des Philippines, où soleil, sable blanc et palmiers absorbent paisiblement le doux ressac des vagues. Un petit coin de paradis que finit de compléter une musique zen. C’est dans ce décor de carte postale, avec vision à 360 degrés, que Philippe Lefebvre a « vécu » sa correction de l’hallux valgus. « C’est ce qu’on appelle plus communément un oignon sur le gros orteil. » Il a bien entendu le vague bruit de la scie chirurgicale qui lui sectionnait cette déformation osseuse, des voix lointaines de l’équipe qui s’affairait autour de lui. Mais « en sortant de là, j’ai dit à l’anesthésiste «C’est génial votre truc !» En fait, cela m’a complètement décontracté, on est plongé dedans et je n’ai pas vu le temps passer. »

L’opération s’est déroulée vendredi dernier, elle a duré 26 minutes. Comme la plupart des patients contraints de passer par le bloc opératoire, Philippe, 59 ans, souhaitait « ne rien voir et ne rien entendre de l’opération ». La faute à une expérience précédente plus traumatisante. « Je m’étais fait opérer d’une main en anesthésie locale, se souvient cet habitant de Sinceny, près de Chauny. Je ne voyais rien, parce qu’il y avait un drap vert entre ma tête et ma main, mais j’entendais tout. Et j’ai vite compris que le chirurgien qui devait m’opérer se contentait de guider les gestes d’un élève… Je n’ai pas eu de souci par la suite, mais sur le moment, ça m’avait perturbé. »

 

Navigation avec les yeux

Lors de sa consultation chez l’anesthésiste, une semaine avant le jour J, Philippe s’est vu proposer cette technique par le Dr Secq. « On utilise un casque Oculus de réalité virtuelle », explique-t-il. Le même type d’outil qui fait actuellement fureur chez les fans de console de jeux. « J’ai eu l’occasion d’utiliser ce casque dans sa version non commerciale. À l’époque, c’était avec un logiciel de conduite automobile, pour tester les patients après une opération sur leurs capacités à reprendre la route », se souvient le médecin.

L’avènement du casque sans fil, relié non plus à un ordinateur mais à un simple smartphone, a révolutionné le concept. « Branché sur le wifi, il peut développer pas mal d’applications. Dans notre cas, il s’adapte à l’absence de possibilité de mouvement du patient. » Le simple fait de tourner la tête et de fixer une image permet de naviguer dans l’application, de choisir sa musique, son image, d’augmenter ou de baisser le son.

 

Un investissement de 1 000 euros seulement

Une fois le casque enfilé et les oreillettes posées, on est effectivement transporté très loin de sa table d’opération. Sur l’écran, les possibilités sont infinies. « On va pouvoir s’installer dans une salle de cinéma », prévient l’anesthésiste.

Le matériel a coûté environ mille euros à l’établissement. « Souvent, les bonnes idées sont celles qui coûtent le moins cher. On va sûrement en acheter deux ou trois de plus, pour une utilisation simplifiée et peut-être pour les utiliser dans des services comme le soin palliatif ou la cancérologie », imagine Kami Mahmoudi, le directeur de l’hôpital privé Saint-Claude.

Depuis cet été, une vingtaine de patients ont adhéré à la chirurgie par réalité virtuelle. « S’il y avait une amélioration à apporter, ce serait de bénéficier d’un casque qui recouvre les oreilles. Les oreillettes s’adaptent mal à mes oreilles et d’après mon fils, cela nous couperait complètement du son extérieur », évoque Philippe Lefebvre, virtuellement opéré mais réellement guéri.

 

Une technique d’avenir

L’opération sous réalité virtuelle est une première pour le groupe Elsan, qui compte 123 établissements privés en France, dont l’hôpital Saint-Claude de Saint-Quentin. Il est l’un des moyens à la disposition du corps médical pour dédramatiser l’acte chirurgical. Il n’est pas le seul. « On agit d’abord sur l’information au patient. Il faut lui expliquer le pourquoi et le comment de l’opération », explique Kami Mahmoudi, le directeur de la « policlinique ». L’idée du Dr Secq apporte une solution intéressante en cours de chirurgie. Tout ceci concourt à « adoucir un moment désagréable et contribue à accélérer le temps de rémission des malades. Moins d’anxiété, c’est une récupération plus rapide. » La technique est encore loin d’avoir exploré toutes ses possibilités. En janvier 2016, une équipe du CHU d’Angers a utilisé la réalité virtuelle pour opérer une tumeur du cerveau. L’activité cérébrale du patient servait ici à stimuler des endroits précis et ciblés permettant au neurochirurgien de mieux cartographier le cortex avant l’opération proprement dite.

Article L’Aisne Nouvelle

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