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Fonds d’investissement et santé : quand la « création de valeur » rencontre l’intérêt collectif

Fonds d’investissement et santé : quand la « création de valeur » rencontre l’intérêt collectif

LE CERCLE. Depuis plusieurs années, les Pouvoirs Publics se sont engagés dans une politique de maîtrise des dépenses de santé et le secteur privé de la santé vit une transformation accélérée. Comme tout secteur en mutation, il suscite l’intérêt des fonds d’investissement qui y sont aujourd’hui extrêmement présents et contribuent à l’émergence d’acteurs plus grands, plus solides, mieux gérés. Depuis plusieurs années, les Pouvoirs Publics se sont engagés dans une politique de maîtrise des dépenses de santé en jouant sur différents leviers comme l’amélioration de la productivité dans le secteur public médical (regroupements, informatisation, …), la baisse des remboursements ou encore la lutte contre les actes redondants via la rationalisation du parcours de soin. En dépit de ce besoin évident de maîtrise des dépenses, la demande de soins a naturellement tendance à croître, en raison du vieillissement de la population, de la hausse du niveau de vie, des progrès de la médecine ou d’autres facteurs sociétaux. En résultent des dépenses de la branche santé de la Sécurité Sociale en constante augmentation (174 milliards d’euros en 2013), même si le rythme s’est ralenti au cours de la dernière période sous l’effet des politiques publiques (+2,4% en 2013 contre 2,7% initialement budgété).

 

Dans cette recherche d’optimisation de la dépense collective, le secteur privé médical considère qu’il a été particulièrement mis à contribution, peut être parce qu’il présentait un risque social moindre que la fonction publique hospitalière et ses 1,1 million de salariés.

 

La Fédération de l’Hospitalisation Privée n’a ainsi pas manqué de s’émouvoir de ce traitement qu’elle qualifie même de discriminatoire ainsi qu’en témoignent les saisines répétées de l’Autorité de la concurrence sur différents sujets : tarifs considérés comme plus favorables pour le public, imposition différente, neutralisation du bénéfice du CICE à travers la politique tarifaire…

 

Sous contrainte, mais aussi pour tirer parti des progrès médicaux et technologiques, le secteur privé de la santé vit donc une transformation accélérée depuis plusieurs années. Comme tout secteur en mutation, il suscite l’intérêt des fonds d’investissement qui y sont aujourd’hui extrêmement présents.

 

L’intérêt des fonds pour la Santé

En l’espace d’une quinzaine d’année, les fonds d’investissement sont devenus des acteurs incontournables du secteur privé de la santé, même si leurs interventions ne se sont pas toujours faites sans heurts avec les praticiens. Ces derniers ont parfois dénoncé la « financiarisation » de l’offre de soins ou encore l’absence de projets médicaux portés par ces nouveaux venus. Il faut bien reconnaître que les fonds d’investissement ont souvent joué un rôle inflationniste sur la valorisation des établissements de santé ; les stratégies de croissance externe tous azimuts, la course effrénée à la consolidation et une vision exagérément optimiste des synergies possibles justifiant certains excès en matière de prix d’acquisition. Les fonds, de leur côté, ont parfois découvert à leurs dépens que la réalisation des business plans soutenant leur thèse d’investissement pouvait se heurter aux habitudes des acteurs de la profession ou à l’action des lobbies pour freiner l’évolution d’une réglementation souvent extrêmement restrictive.

 

Les fonds d’investissement : des partenaires forts pour les professionnels de santé

Grâce à leur connaissance du secteur de la « Santé », mais aussi à l’expérience accumulée dans d’autres secteurs d’activité qui ont eu à subir une transformation radicale, nous pensons que les fonds d’investissement ont la capacité et les moyens d’être un partenaire compétent et solide pour accompagner le secteur médical privé dans sa mutation.

 

 Quels sont concrètement les principaux apports des fonds d’investissement ?

Tout d’abord, l’accompagnement par un fonds d’investissement entraîne une modification radicale des pratiques de management et de gouvernance des établissements de soin, par le « découplage » qu’il opère entre les fonctions de praticien, de manager et d’actionnaire. Ces différentes « casquettes » ont pendant longtemps été portées par les praticiens. Si cette confusion des rôles est l’essence même de l’exercice libéral de la médecine, elle a atteint ses limites : les enjeux financiers ont changé de dimension sous l’effet de la consolidation, les relations avec les autorités de tutelles sont devenues plus complexes, les fournisseurs se sont eux-mêmes organisés et professionnalisés, une meilleure maîtrise des coûts est devenue nécessaire compte tenu des pressions tarifaires accrues et les méthodes de gestion se sont radicalement transformées, notamment grâce à l’informatisation. En un mot, une place importante doit être laissée à des gestionnaires professionnels et compétents, à même d’équiper les établissements de systèmes d’information et de reporting plus performants, de planifier les investissements sur le moyen terme, de rechercher des solutions de financement innovantes, …

 

Les fonds apportent, par ailleurs, aux établissements de soin une puissance financière nouvelle. Par leur capacité d’investissement, ils accélèrent la consolidation sectorielle, qui est au cœur de leur thèse d’investissement. En effet, la recherche de « la taille critique » à travers la constitution de pôles régionaux, voire de groupes nationaux, permet de :

– a/ dégager des synergies « coûts » à travers la massification des achats,

– b/ recruter des fonctions « support » non-médicales rendues nécessaires par la recherche d’une meilleure efficacité ou par le renforcement des contraintes de réglementation : c’est ainsi que les groupes qui émergent se dotent d’une fonction financière plus étoffée, de responsables « qualité », « développement » ou « système d’information »,

– c/ conquérir des positions de « leadership » locales qui permettent de mieux organiser l’offre de soins, d’optimiser les investissements dans les établissements (blocs opératoires des cliniques par exemple), par le regroupement ou la mise en place de stratégies de spécialisation.

 

Cette stratégie de consolidation sectorielle a ainsi modifié de manière très importante certains secteurs de la santé en France, sans que les patients en soient toujours conscients. C’est le cas dans les secteurs des laboratoires d’analyse, des cliniques et des maisons de retraites, où les fonds ont été particulièrement actifs. Sous leur impulsion, le secteur des cliniques a ainsi vu l’émergence d’acteurs nationaux comme la Générale de Santé : Cinven lui a permis d’accélérer son développement, en prenant le relais de la Générale des Eaux en 1997. De la même façon, Vitalia, aux côtés de Blackstone, est devenu en 7 ans l’un des premiers acteurs des cliniques en France. Autre exemple, dans le domaine des laboratoires : Labco, épaulé par 3i depuis 2008, s’est transformé en un des leaders du diagnostic médical en Europe.

 

Au total, les fonds d’investissement contribuent à l’émergence d’acteurs plus grands, plus solides, mieux gérés, accompagnant ainsi une demande implicite de la part des Pouvoirs Publics. Ces nouveaux groupes sont d’ailleurs devenus de véritables interlocuteurs de ces derniers dans les discussions avec les tutelles.

 

Notre propos n’est pas de prôner une marchandisation de la santé, qui n’est pas, ne peut pas être et ne doit pas être un bien comme un autre. L’approche « financière » des fonds est-elle pour autant incompatible avec la notion de qualité de soins et de projet médical ? Nous ne le pensons pas : les groupes constitués disposent désormais de ressources pour investir dans leurs outils, attirer des talents, tirer parti des évolutions technologiques en cours et participer à l’amélioration de l’offre de soins. Il s’agit là d’un ensemble d’atouts et de forces qui, finalement, bénéficient en premier lieu aux patients.

 

© Les Echos – 21-05-14

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