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Paru dans le Parisien – A l’hôpital, des soins facturés cinq fois plus chers qu’en clinique !

Paru dans le Parisien – A l’hôpital, des soins facturés cinq fois plus chers qu’en clinique !

Selon une étude que révèle notre journal, les dépassements d’honoraires chez certains médecins exerçant une activité libérale dans des établissements publics coûtent beaucoup plus chers que dans le privé.

 

LE SCANDALE PERDURE. À l’hôpital public, les médecins habilités à avoir une activité libérale continuent de pratiquer des dépassements d’honoraires élevés et, pour certains mandarins, bien supérieurs à ceux constatés en cliniques privées. Un comble ! C’est ce que révèle l’étude que nous dévoilons en avant-première, réalisée par le site Internet 66millionsdimpatients.org*, et l’association

60 Millions de consommateurs. Selon cette enquête qui passe au scanner dix actes très répandus, les interventions peuvent coûter jusqu’à cinq fois plus cher dans les établissements publics.

Ainsi, en 2013, pour une opération de la cataracte prise en charge par l’Assurance maladie à hauteur de 271,70 €, le dépassement d’honoraires le plus élevé constaté en clinique atteignait 500 € alors que l’hôpital public pouvait facturer jusqu’à 2 000 € si elle était réalisée par un médecin pendant son temps d’« activité libérale ». La palme revient aux chirurgiens experts de l’ablation de la prostate, remboursée 700 € par l’assurance-maladie, surfacturée tout au plus 800 € en clinique, mais 4 200 € à l’hôpital. Le problème, c’est que ces dépassements sont rarement remboursés par les complémentaires santé et restent à la charge du patient.

Cette pratique, qui concerne en France 4480 médecins à temps plein à l’hôpital public, permet de gonfler leurs revenus annuels, en 2014, de 44 950 € net en moyenne. En Ile-de-France, où 502 médecins hospitaliers sont autorisés à faire des dépassements d’honoraires, le bonus s’envole à… 51 000 €, toujours en moyenne et en 2014. En 2011, une vingtaine de praticiens de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, par exemple, avaient déclara 300 000 € de revenus nets pour une seule journée d’activité par semaine puisque l’activité libérale ne doit pas excéder 20 % du temps de travail. Interrogé, l’AP-HP n’a pas souhaité indiquer si la situation s’était améliorée ou pas.

 

L’étude, enfin met en évidence  de fortes disparités de comportement selon les spécialités. Le gastro-entérologue peut ainsi augmenter ses revenus de 20 000 € par an contre près de 55 000 € pour les ophtalmologistes. « Aucune réponse n’a été apportée par les pouvoirs publics à ces pratiques », réagit Christian Saout, secrétaire général du CISS, collectif représentant les associations de patients. Il faudrait plus de transparence poursuit-il, notamment sur le temps médical réellement consacré à l’activité libérale ». Et d’interroger « Pourquoi la mesure simple qui consiste à faire payer les patients à la caisse de l’hôpital n’est-elle toujours pas appliquée et généralisée ? »

L’activité libérale à l’hôpital a généré au premier semestre 2014 plus de 37 M€ de dépassements d’honoraires. Une légère augmentation sur un an surtout due au fait que les médecins sont plus nombreux à pratiquer des dépassements. Les dérives les plus graves sont concentrées sur quelques centaines de praticiens bien connus de l’Assurance maladie. Ces mandarins à la main leste justifient leurs excès par leur haute qualification leur notoriété et par la « faible » retraite qui les attend. Mais à l’hôpital ces abus agacent, notamment le Pr Didier Dreyfuss, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital de Colombes qui réclame la fin de ce « privilège » (lire ci-dessous). Mais les établissements sont peu en clins à lutter contre ces dérives Et pour cause ils perçoivent un quart du produit de ces activités. Quant au Conseil national de l’ordre des médecins garant du tact et de la mesure dans les honoraires, il est mal a l’aise « Nous avons très peu de signalements et les dossiers à l’instruction se comptent sur les

doigts d’une main » explique son représentant, le Dr Simon Pourtant, en 2013. L’Assurance maladie avait débusqué 554 médecins qu’elle avait rappelés à l’ordre par écrit.

 

 

DES DÉPASSEMENTS D’HONORAIRES TRÈS IMPORTANTS

 

 Parisien

 

« Certains médecins réclament plusieurs milliers d’euros »

 

Professeur Didier Dreyfuss, chef du service de réanimation à l’hôpital de Colombes (92)

 

PROFESSEUR À LA FACULTÉ de médecine où il enseigne l’éthique aux étudiants, le professeur Didier Dreyfuss, chef du service de réanimation à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine), a « tout tenté » pour que cesse l’activité libérale à l’hôpital public. Sans résultat, il estime qu’il est urgent d’agir.

 

Pourquoi voulez-vous la fin de l’activité libérale à l’hôpital public ?

DIDIER DREYFUSS. Elle est en train de tuer l’hôpital public. Autorisé en 1958 pour inciter les médecins de ville à venir travailler à temps plein dans les tout nouveaux CHU, ce dispositif dérogatoire devait être provisoire. Aujourd’hui, les honoraires demandés par certains médecins pendant leur activité privée sont sans rapport avec le tact et la mesure prévus par le Code de la santé publique. On est dans la démesure. Certains collègues réclament plusieurs milliers d’euros d’honoraires supplémentaires pour une opération, parfois versés sous la table. De telles pratiques font que l’hôpital public n’est plus public. Elles créent aussi une inégalité d’accès aux soins. C’est au point qu’on voit maintenant des patients préférer aller dans une clinique. Ça n’est pas nouveau, et même s’il s’agit d’une petite minorité de médecins, il est temps que ça s’arrête.

 

Y a-t-il un impact sur le fonctionnement des hôpitaux ?

Dans certains hôpitaux, par exemple, il n’est pas possible de se faire poser une prothèse de hanche en dehors du temps privé du chirurgien. Si vous voulez un rendez-vous rapide, on vous pousse à consulter sur son temps « privé », avec un surcoût à la clé. Parfois, ces actes privés programmés passent avant les urgences, ce qui provoque des disputes entre chirurgiens pour disposer du bloc. Ça crée aussi des tensions avec le personnel qui participe à l’opération : anesthésiste, infirmière de bloc, chef de clinique, panseuse… qui eux ne touchent rien de plus pour cet acte qui ne profite qu’au chirurgien. Autre inégalité : toutes les spécialités médicales ne peuvent pas avoir une activité privée.

 

Mais il existe des commissions d’activité libérale chargées de contrôler les abus …

Ça ne marche pas. Dans notre hôpital, certains membres ont démissionné parce que ça ne sert à rien. Un jour, j’ai reçu un courrier de la commission centrale d’activité libérale de l’AP-HP qui me signalait de très importants dépassements d’honoraires. Ça s’est arrêté là ! Et rien n’est fait pour mettre fin à ça, surtout pas par l’hôpital qui est intéressé puisque le médecin lui reverse une partie de ses honoraires pour avoir utilisé les équipements et le personnel.

 

Comment résoudre ce problème ?

Beaucoup de ceux qui ont une activité libérale à l’hôpital le font en prévision de leur retraite qui leur fera perdre 50 % de leurs revenus. Il faut donc absorber ce problème. Beaucoup arrêteraient cette activité si l’hôpital cotisait pour une vraie retraite.

 

En mettant fin à l’activité privée à l’hôpital ne risque-t-on pas de faire partir les grands noms dans le privé ?

Ces gens-là veulent le beurre et l’argent du beurre : à la fois la sécurité de l’emploi, l’absence de responsabilité juridique, de risque financier, d’objectifs chiffrés, et en même temps le gros salaire. C’est choquant en période de paupérisation. N’oublions pas qu’à l’hôpital public, il y a de jeunes talents prêts à prendre la place de ces médecins s’ils venaient à partir, des jeunes qui ne pensent pas qu’à l’argent.

 

* Site Internet créé par le CISS, le Collectif interassociatif sur la santé, qui représente les patients

 © Le Parisien – 16-01-15 – Par Daniel Rosenweg

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Vedici & Vitalia

Naissance d’un leader de santé

Les groupes Vedici et Vitalia se sont rapprochés pour donner naissance à un leader de santé, présent dans l’ensemble des métiers de l’hospitalisation de courte durée.

A travers ses implantations, aussi bien dans les métropoles que dans les villes moyennes, au plus près des besoins des français, le Groupe contribuera ainsi à leur libre choix d’accès à la santé, en soignant plus de 1.200.000 patients par an (30.000 naissances, 310.000 passages aux urgences dans 16 services d’urgences autorisés, 28.000 patients pris en charge en cancérologie et 170.000 séances de dialyse).

Le rapprochement des deux groupes, projet structurant et de long terme, est porté par les Dirigeants-Fondateurs de Vedici et accompagné par CVC capital partners, son partenaire et investisseur de référence, ainsi que par Icade Santé, filiale immobilière du Groupe Caisse des Dépôts et Consignations et d’investisseurs institutionnels français de premier rang.

Les 14.000 collaborateurs et 3.200 médecins, attentifs à la personne et à la qualité des soins, prendront en charge les patients au sein des 81 établissements du groupe, dont 66 établissements MCO (Médecine, Chirurgie et Obstétrique). Ce nouvel ensemble représentera un chiffre d’affaires consolidé de 1,2 milliards d’euros et 12% de l’activité de l’hospitalisation privée en France.

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D’ici quelques semaines, le groupe dévoilera sa nouvelle identité, porteuse des valeurs d’exigence, d’innovation, de proximité et d’engagement de ce nouveau leader de la santé.

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