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Le premier bébé-éprouvette auvergnat

Le premier bébé-éprouvette auvergnat

Si, aujourd’hui, la fécondation in vitro s’est banalisée, Audrey Arraby a été la première Auvergnate à venir au monde par ce processus, il y a trente ans. Une aventure qui a durablement marqué sa famille.

 

Mai 1987. Dans une chambre de la clinique de la Châtaigneraie, à Beaumont (Puy-de-Dôme), on sabre le champagne. Après plusieurs mois d’attente, Audrey, le premier bébé-éprouvette auvergnat, vient de naître. Une réussite sans précédent pour le docteur Jean-Luc Meyer, un espoir comblé pour André Arraby et sa femme.

 

« J’ai toujours été très optimiste ! »

 

Lancé dans cette aventure sur les conseils du corps médical, André n’a jamais douté. « J’ai toujours été très optimiste ! On ne s’est jamais posé la question des risques, c’est un principe mécanique. J’y voyais plus un espoir pour nous qui ne pouvions pas avoir d’enfant. Mon plus beau souvenir, c’est d’avoir vu ma fille dans l’éprouvette, au microscope, quand deux cellules sont devenues quatre, etc. Pour moi, c’est ce jour-là que j’ai eu un bébé pratiquement. Personne n’aurait pu mieux le voir. »

 

Mais cette première régionale a également eu son côté sombre. « Il y avait toute la pression médicale et médiatique aussi, avoue André Arraby. C’était la course entre les différents laboratoires pour savoir qui allait avoir le premier bébé-éprouvette d’Auvergne. Je ne garde pas un très bon souvenir de cet aspect là. Nous avions hâte que ça se termine pour avoir une vie normale avec notre beau bébé. »

 

« Je suis un test qui est arrivé à terme et ça me fait juste sourire »

 

Ce « beau bébé » a aujourd’hui 30 ans. Championne de football plusieurs fois sélectionnée dans les équipes de France jeunes, Audrey voit la chose avec hauteur. « Je suis juste née. Je suis un test qui est arrivé à terme et ça me fait juste sourire. Ça n’a pas influencé ma vie, ni mes choix. Je fais ce que j’aime et je n’ai jamais eu la sensation d’être différente. »

 

Naturellement, ses parents le lui ont expliqué lorsqu’elle a eu l’âge de comprendre, vers 14 ou 15 ans. « Je dis souvent, en rigolant, que je n’ai pas été conçue par deux personnes mais par quatre avec les deux médecins, souritelle. C’est le côté un peu drôle, même si ça n’a pas été qu’une partie de plaisir pour eux. » Et quand on lui pose la question d’élargir les droits d’accession à la PMA, la réponse est claire.

 

« La science progresse et heureusement, sinon je ne serais pas là ! Pour les gens qui ne peuvent pas avoir d’enfants, c’est leur donner une chance. On entend beaucoup de choses. Certains disent que ce n’est pas normal d’avoir deux mamans ou deux papas, mais du temps que les gens aiment leurs enfants, c’est le principal. La médecine donne cette chance là et c’est très bien. » ■

 

« Ça n’a influencé ni ma vie, ni mes choix » AUDREY ARRABY. 30 ans

 

Jean-Luc Meyer : « Les prochains progrès viendront de la biologie »

 

Elle s’appelle Audrey. Elle est née un vendredi, il y a trente ans. « Je m’en souviens comme si c’était hier, le temps s’est comme effacé », se remémore Jean-Luc Meyer à l’évocation de ce premier bébé-éprouvette auvergnat. « La joie de l’équipe ».

 

« À l’époque, c’était la course entre établissements, une véritable émulation ! Une période incroyable car on se connaissait tous », raconte le directeur de la maternité de la Châtaigneraie, à Beaumont, qui était alors chef de clinique. Il avait fait son internat et clinicat à la maternité de l’Hôtel-Dieu, dirigée par le professeur Bernard Jacquetin. Puis Jean-Luc Meyer a créé, en 1986, le centre de FIV (fécondation in vitro), à Beaumont, au côté, notamment, du docteur Alain Archimbaud, biologiste.

 

Une maman bichonnée

 

« Il y avait, au début, beaucoup de tâtonnement avec cette technique révolutionnaire. On avait une inexpérience, car ce n’était pas une spécialité qui s’enseignait, elle se créait. On faisait nos premières armes et le succès est arrivé assez vite », se souvient-il. Pour mémoire, Louise Brown était ainsi née en 1978 aux Etats-Unis, puis Amandine, en 1982, à Paris, dans le service du professeur René Friedman. « Dès les premiers résultats d’analyses positifs, on était très heureux, mais on a beaucoup surveillé cette maman. On avait peur que la greffe ne prenne pas ».

 

Une grossesse bichonnée…

 

Il s’est trouvé qu’en Auvergne, en 1987, deux femmes sont tombées enceintes à quelques semaines d’intervalle grâce à la fécondation in vitro, à la Châtaigneraie et au CHU. « On se demandait qui allait gagner », sourit Jean-Luc Meyer. Et le gagnant fut le centre beaumontois avec la naissance d’Audrey.

 

« Aujourd’hui nous sommes arrivés à un sommet »

 

Aujourd’hui, les grandes phases de la FIV n’ont pas changé. Certes, l’évolution technologique a été considérable, mais la technique s’est banalisée pour offrir, via une centaine de centres de FIV en France, la possibilité à des couples d’avoir un enfant. Plus de deux millions sont nés de par le monde. Et plus de 100.000 en France.

 

« Je pense qu’aujourd’hui nous sommes arrivés à un sommet et les prochains progrès viendront de la biologie en comprenant mieux les échecs d’implantation. Car il y a une cassure dans le succès au moment du transfert utérin de l’embryon. Un taux d’échec important. Tout le monde cherche les facteurs qui les entraînent. Un problème conceptuel que l’on espère résoudre d’ici dix ans ».

 

De grandes questions sociétales

 

Fondateurs (*) du service de PMA (procréation médicale assistée) et du Centre d’études et de conservation des oeufs et des spermatozoïdes au CHU de Clermont, le professeur Jean-Luc Pouly, gynécologue, et Laurent Janny, biologiste, reviennent sur les débuts de la PMA.

 

Quel chemin parcouru depuis ce premier bébé-éprouvette…

 

Au début, c’était une vraie aventure. On avait la sensation de faire quelque chose d’extraordinaire.
Et ce jusqu’en 2000. Puis, on est entré dans une phase de routine, avec deux progrès essentiels : on s’est attaqué aux grossesses multiples que l’on a réussi à faire baisser de 30 % à 5 %. Puis toutes les techniques de congélation, de vitrification… qui ont apporté un progrès considérable. On parvient, après décongélation, à plus de 20 % de réussite de réimplantation contre 6 % aux débuts de la technique. Aujourd’hui, la principale discussion est sociétale et internationale. Jusqu’à présent, la loi de bioéthique réserve la PMA aux couples qui ont des problèmes de stérilité. La question est désormais : « Est-ce qu’on peut s’en servir pour des personnes qui n’ont pas de problème de fertilité, des personnes seules… ».

 

Quel est le progrès attendu, demain, en PMA ?

 

Un des progrès biologique et sociétal, c’est l’apport de la génétique. On a des moyens qui permettront de dépister les anomalies de l’embryon. Mais a contrario, le faire, c’est mettre un petit pied dans ce que l’on appelle le génisme. ■

 

(*) Avec les professeurs Bruhat et Boucher.

 

© La Montagne – 24/04/17

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